Sauvegarde de l'Histoire de Quissac APSHQ

le 11 novembre 1918 en gare de Nimes

Quissac, le 11 novembre 1918 à 11h : l’Armistice !

 

Le 11 novembre 1918, Jean Albert arrive en gare de Nîmes. Depuis cinq ans il est mobilisé et s’apprête à repartir sur le front après une courte permission. La mine triste, il monte les escaliers pour accéder au quai de la gare, avec tout son barda.

A 11h le clairon se met à sonner sur le quai : c’est l’Armistice ! annonce-t-on. Une immense joie l’envahie et de chaudes larmes coulent de ses yeux. Avec lui d’autres soldats, prêt à repartir, se mettent à chanter « La Marseillaise » et à sauter de joie en s’embrassant avec tous les voyageurs, présents sur le quai.

 

 


Jean Albert, artilleur


 

Ah ! il était bien loin ce 2 aout 1914 ou il avait pris le train à Quissac pour se diriger vers la gare de nimes pour embarquer vers sa caserne  d'affectation. Il faisait très chaud, ce jour là, les moissons étaient achevées et les vendanges commençaient à se préparer. Les fêtes votives, qui auraient du commencer à Quissac et ses alentours, ont étés annulées. Les fêtes étaient l’occasion pour la jeunesse de se retrouver, de « frotter » avec les filles et comme à l’habitude se « castagner » un peu avec les Sauvains!


" le devant de la gare est encombré de jardinières et de charrettes qui ont amené les soldats des villages voisins. Les quais sont bondée de gens, des pauvres mères qui pleurent, des filles de tous âges qui nous donnent à boire et nous disent au revoir en même temps, et puis voilà que le train part pour nous emporter du côté de la frontière. Certains cachent leur aprhéhension en disant  La guerre doit durer 15 jour, nous serons de retour dans deux mois! Dans toutes les gares, la population nous fait un accueil sympathique, on nous donne des boissons , les filles nous acclame en agitant des drapeaux tricolores et  nous jètent des fleurs. Dans les campagnes , les hommes, femmes et enfants agitent des mouchoirs à notre passage. "

 

 

 

Hélas, dans ce train qui partait vers l’inconnu, l’enthousiasme avait fait place au silence pesant de l’angoisse. Heureusement il n’était pas seul, il y avait les copains embarqués avec lui sur la même galère. Il avait bien raison d’être inquiet, car les combats de l’année 1914 qui ont durés seulement 5 mois feront autant de morts chez les soldats de notre canton  que chaque année suivante. 21 jeunes soldats, pères de familles et maris seront tués. Le manque de préparation, la pagaille qui s’en suivit et l’Etat-major toujours en retard d’une guerre vont causer bien des dégâts.

 

Nos pauvres poilus tout vêtu de rouge et empêtrés dans leurs bandes molletières vont plonger dans ce gouffre hideux. En deux jours, entre le 19 et le 20 aout, 5 soldats du canton vont tomber autour de la ville de Dieuze en Lorraine. Parmi eux tombera son cousin de Corconne, François Ernest Jean. Un politicien inique aura le culot de qualifier les méridionaux de traitres alors que les  soldats du 15ème corps, qui les regroupait, furent presque tous massacrés.

il faut savoir que plus de 4000 soldats seront tués entre le 10 et le 20 aout 1914 à Dieuze et les Provençaux seront accusés, dans un article, commandité par le ministre de la guerre pour dédouaner le  commandement militaire, paru le 24 août dans Le Matin d’avoir « lâché prise devant l’ennemi »

 

De retour à Quissac, Albert constate que 133 soldats du canton sont morts pour la France. Si l’on considère les statistiques qui donnent 4 blessés graves pour un tué, on peut estimer l’importance du nombre de victimes  dans le canton.

Le chasseur Alpin Henri Léopold Chaudoreille entouré des différents corps d'armes de tous les pays de la France coloniale


Mais d’autres séquelles affecteront les familles. Des enfants ne reconnaissent plus leurs pères, les femmes qui se sont battues sur tous les fronts pour sauver leur propriété ou leurs biens ont pris de l’autorité et ne veulent plus lâcher leurs prérogatives. La grippe espagnole qui ravage la population depuis 1917, provoque autant de morts dans la population que la guerre.

 

A son retour, Albert apprend que certains  de ses parents  ont disparu et que certaines familles ont étés décimées à la fois par la guerre et la maladie. La population ne cessera de régresser (4294 hab. en 1911 passera à 3 816 en 1936) La perte des hommes jeunes  pèsera longtemps sur la démographie du canton de Quissac. Beaucoup de jeunes filles resteront vieilles filles par le manque de jeunes hommes.

 

La France est certes victorieuse de la guerre, mais attristée, ébranlée et traumatisée en profondeur et la population de Quissac mettra  beaucoup de temps à se relever de cette terrible épreuve.

 

(Nous avons choisi Jean Albert, père de notre ami Albert, récemment disparu, comme fil rouge pour évoquer l’armistice de la grande guerre, car ce 11 novembre 1918 qui devait  l’envoyer au combat s’est transformé en un  jour de joie)


Texte ecrit par Daniel Lloret, sur les souvenirs de Jean Albert fils. mise en page Roger Llorca.

 



 



08/11/2011
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